Parc National des Calanques
ARGUMENTAIRE SUR LES PROPOSITIONS DE ZONES DE NON PRELEVEMENT ET LA GESTION DES USAGES DE PÊCHE RECREATIVE
Au sujet des zones permanentes de non prélèvement proposées par le GIP des calanques
Le GIP des calanques au terme de concertations inefficaces propose 8 zones permanentes de non pêche éparpillées sans cohérence apparente sur l’aire du parc (carte en annexe 1).
A notre connaissance, il n’existe aucun document écrit explicitant les atouts et les contraintes de chaque zone proposée : intérêt écologique intrinsèque, connectivité, fonctionnalités, difficultés de gestion éventuelle (notamment surveillance et repérage des limites), etc.
Il nous apparaît que la disposition et le nombre important de ces réserves, pour la plupart de petites, voir de très petites tailles, est incompatible avec :
- la mise en place d’une surveillance et protection efficace
- une compréhension et acceptation globale des usagers
- l’émergence d’un effet « réserve ».
En l’état, les propositions du GIP, appuyées par un conseil scientifique péremptoire, sont élaborées sans fondement scientifique valable, ni cohérence, et paraissent même être la résultante de diverses convergences d’intérêts ou pressions politico-économiques.
En effet, les objectifs affichés par le GIP pour la gestion des prélèvements ou de la fréquentation des sites en mer sous-entendent des postulats qui restent à démontrer, au moins sur ce territoire.
La pêche artisanale est-elle la seule écologiquement acceptable ? La plongée bouteille, même avec des mouillages organisés, perturberait-elle moins les écosystèmes que la pêche sous-marine ?
700 000 usagers fréquentent ce plan d’eau chaque année, et force est de constater qu’un équilibre a toujours été trouvé entre eux : pour preuve, les réglementations existantes (il y a déjà des ZNP dans les Calanques !), et le soutien actuel des pêcheurs professionnels envers les récréatifs.
Un point cependant rassemble la communauté des usagers : la lutte contre les pratiques illicites professionnelles ou récréatives.
Ces pratiques rejaillissent sur l’ensemble des amoureux de la mer, sur leur image comme sur la ressource.
A nos yeux, le GIP et son conseil scientifique, dans leurs propositions, semblent peu se soucier des réalités des lieux.
En effet la multiplication des zones de non pêche provoquera immanquablement :
- des reports de pression très significatifs sur les zones autorisées déjà très fréquentées et les zones périphériques, dont plusieurs sites Natura 2000 en mer (Parc Marin de la Cote Bleue, Pointe Fauconnière, Embiez), eux-mêmes faisant face à des taux de fréquentation importants ;
- des conflits d’usages alors même que la création du parc devrait permettre la gestion de ceux-ci et l’aplanissement des conflits, qui d’un avis commun sont sur-évalués de la part des gestionnaires
-une difficulté accrue de la lutte contre le braconnage par la multiplicité des sites à surveiller, la complexité des réglementations à faire connaître et le balisage en mer des zones concernées.
Les usages de prélèvements de loisir ont un impact sur les peuplements, mais il n’a pas été démontré à ce jour que cet impact soit significatif au regard de la résilience des espèces concernées.
Ces usages ne causent pas de dégradation sur les milieux et les substrats, contrairement à ce qu’affirme le conseil scientifique du GIP qui confond la gestion des ressources et la protection des sites remarquables.
La gestion des ressources halieutiques passe nécessairement par l’élaboration de mesures en réelle concertation avec les pêcheurs.
Le panel des mesures possibles est vaste, et le recours à l’interdiction est une extrémité qui signe l’échec de l’intelligence collective.
Plutôt que d’interdire à ces activités l’accès à de vastes zones pour de fausse raisons, il faut maintenir ces usages qui ne sont pas des activités touristiques sans âme ni racine, mais bien un mode de vie traditionnel, un trait essentiel du patrimoine culturel d’un territoire fait de nature… et d’hommes.
Les usagers sont capables d’adopter, comme en atteste la charte d’engagement et d’objectifs pour une pêche de loisir éco-responsable signée le 7 juillet, des comportements éco-responsables et d’accepter des mesures raisonnables pour une pérennisation du milieu, des ressources et par conséquent de leurs usages.
Nos propositions:
Face à ce constat, en s’inspirant des propositions du GIP (carte en annexe 1) et sous la réserve d’une prise en compte effective des revendications présentées plus loin, trois zones permanentes de non prélèvement sont envisageables (carte en annexe 2) :
- La première zone sur le Frioul : sa situation permet une tentative de corridor écologique favorable à la circulation des poissons entre les récifs artificiels de production (Également interdits à la pêche) et l’île du Frioul.
Cette hypothèse méritera d’être validée par un programme de suivi scientifique, incluant par exemple un marquage des poissons pour tracer leurs déplacements à l’intérieur et à l’extérieur de la ZNP.
- La deuxième zone située dans l’archipel de Riou : les propositions du GIP sont inconcevables en l’état car sur les trois îles principales de l’archipel, la zone de non pêche en concerne deux dans leur totalité.
Or cet archipel est un des lieux privilégiés des pêcheurs de loisir entre la Ciotat et Marseille depuis des décennies, du fait de sa richesse, de la beauté des paysages et de la qualité de l’abri dans cette région maritime très ventée.
La proposition du GIP conduirait de façon certaine à une sur fréquentation de la seule île restante, occasionnant un appauvrissement de cette zone, générant des conflits d’usage entre les usagers de loisir ou professionnels, et la recrudescence de comportements illicites.
Cet archipel mérite toutefois une attention particulière, eu égard à sa richesse faunistique et à la qualité paysagère exceptionnelle du site.
Aussi en prenant pour base le travail du GIP nous vous proposons une zone dite de « Riou » comprenant la totalité de l île de Riou et des îlots du Petit et du Grand Congloue.
La zone proposée s’étend sur la face sud de Riou jusqu’à l’isobathe des 50 m et sur la face nord jusqu’à une ligne formée par l’alignement entre la remontée de la Bigue et la pointe ouest de l îlot du Petit Congloue.
La zone de non pêche ne comprendra pas les îlots de l’Impérial du milieu et du large ainsi que l’îlot de Mayade et le récif dit « du Mayadons » qui resteront autorisés à la pêche de loisir sur un rayon de 100 mètres, car ces 4 petits îlots représentent des hauts lieux de pratique pour nos usagers.
Au vu de leur faible superficie, il est inconcevable objectivement de les en priver.
Un corridor écologique débutera des îlots du Petit et Grand Congloue en direction de la côte qui sera également en zone de non pêche entre la pointe du Vaisseau à l’est et les Pierres Tombées exclues à l’ouest.
Cette zone de non prélèvement remarquable par sa taille et par ses caractéristiques aura l’avantage d’assurer sa fonction de « réserve » pour les espèces cibles qui pourront s’y reproduire et grandir, tout en permettant aux pêcheurs de toujours « monter aux îles ».
- La troisième zone de Cassidaigne : C’est une vaste zone sur les célèbres têtes des canyons de Cassidaigne qui permettra la gestion, la reconstitution et le maintien des populations des espèces benthiques.
Nos autres revendications:
Nous souhaitons:
- En premier lieu que pour des questions de lisibilité de la politique de gestion des pêches, les mesures de gestion de la ressource halieutique fassent l’objet d’une réflexion et d’une mise en cohérence à l’échelle nationale et des façades maritimes ; le Ministre et les différents acteurs se sont dotés en ce sens de l’outil approprié lors de la signature le 7 juillet 2010 de la Charte d’engagement et d’objectifs pour une pêche de loisir éco-responsable.
- Cette démarche fait suite aux conclusions des Grenelles de l’environnement et de la mer, et la création de nouvelles AMP ne doit pas conduire à une superposition locale de mesures incohérentes, complexes et inaccessibles aux pratiquants, impossibles à contrôler et au final non opérationnelles.
- Que soit discutée la question des quotas, des mailles, et des zones de non prélèvement (soit l’ensemble des possibles mesures de gestion de la ressource halieutique), avant la mise en place du parc et pas après sa création, et que ces dispositions soient inscrites de façon explicite, exhaustive et pérenne dans la charte du parc.
- Que dans cette réflexion soit appliqué le principe d’équité entre les différentes formes de pêche et que l’on veille à préserver l’accès à la mer au plus grand nombre, indépendamment de la condition sociale des pratiquants ; cette remarque vaut particulièrement pour les amateurs ne disposant pas d’une embarcation.
- Que les réflexions et décisions soient adossées à une connaissance locale, étayée, partagée et non partisane et soient issues d’une co-construction véritable (cf. articles 1 et 2 de la charte d’engagement et d’objectifs pour une pêche de loisir éco-responsable).
Le dire d’expert ne pourra pas fonder la gestion dans un site aussi fréquenté.
Il a été constaté à maintes reprises que le conseil scientifique du GIP n’était pas qualifié pour gérer la problématique de la pêche, et la manifestation récurrente de préjugés et d’approximations grossières a achevé de construire une défiance préjudiciable à la concertation.
Le conseil scientifique doit inclure de véritables halieutes maîtrisant l’approche écosystémique des pêches côtières méditerranéennes et les méthodes de gestion concertée.
De façon plus globale encore, une compétence en sociologie s’impose : les travaux en cours sur les inégalités écologiques dans les processus de mise en œuvre de la gestion intégrée des zones côtières (GIZC) trouvent malheureusement une illustration singulière dans la construction actuelle du Parc National des Calanques !
- Avoir l’assurance que les décisions prises avant la création du parc ne soient pas remises en cause par le directeur du parc dont les pouvoirs sont déraisonnablement grands selon les termes de la loi sur les parcs nationaux de nouvelle génération, dans le contexte d’un site urbain de Province.
- Que les différentes formes de pêche de loisir (du bord, embarquée et sous marine) soient représentées au sein du conseil d’administration du futur parc.
- La création d’une commission de gestion de la pêche (de loisir ou et professionnelle) présidée par un pêcheur. Dans l’état actuel de la concertation et des réflexions, cette commission serait utile bien avant la soumission de la charte à l’enquête publique.
Monsieur A. SASSATELLI, Resp. de la Commission des Bouches du Rhone " Chasse Sous-marine Passion" .
Monsieur J. RUSSO, Pdt du Comité de Provence de la "Fédération Nautique Pêche Sportive en Apnée"
Monsieur J. CHAMPOLEON, Resp. environnemental du "Comité Rég. Paca de la Féd. Franç. des Pêcheurs en Mer"










